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Les Dieux étaient de la
fête
Tandis que les affres
d'une météo capricieuse alternaient entre averses et mistral quelques
jours encore avant la Reconstit, les trois jours de la plus populaire
des fêtes salonaises furent placés, comme par magie, sous les auspices
les plus cléments. Du jeudi 24 au samedi 26 juin, plus un souffle d'air,
plus une goutte de pluie, rien que du soleil et du ciel bleu. Comme si,
là-haut, Râ, Jupiter, Eole et tous les Dieux climatiques avaient eux
aussi décidé de se donner la main pour une ronde fraternelle rythmée
par les cornemuses, vieilles, flûtes, tambourins et autres instruments
baroques que firent sonner les troubadours hauts en habits. Trois jours
durant, les ruelles antiques de l'ancienne cité de Crau furent martelées
par les pas frénétiques des jongleurs, danseurs, ménestrels, cracheurs
de feu, mais également par les dizaines de milliers de visiteurs qui,
comme chaque année, se laissèrent emporter par la fièvre médiévale.
Ici on regarde avec
attention le forgeron qui cadence l'atmosphère par ses coups sur
l'enclume, là on écoute les gueuses qui vous décortiquent la recette du
sanglier aux pruneaux, plus loin on s'attarde au stand de la marquisette
qui coule à flot, ici les enfants participent à un tournoi sur un cheval
de bois, là encore on regarde une troupe qui s'évertue en de savants
tours de danses anciennes.
La foule est attablée
aux nombreuses terrasses des cafés et restaurants du vieux Salon mais
également le long des cours. Partout les tables sont prises d'assaut.
Assis ou debout, on se rassemble pour assister au défilé précédant le
spectacle qui a lieu à la place Morgan transformée en piste de tournoi.
Sur le sable, les escrimeurs font claquer le fer de leur épée,
applaudissements. Puis un numéro pyrotechnique embrase l'endroit avec
force flammes, gerbes de feux et fumigènes. La musique du film Les
Visiteurs accompagne ensuite une succession de démonstrations équestres.
L'attraction se termine par un tournoi opposant quelques preux
chevaliers de Grans, Aix et autres cités du Comté de Salon. Huées pour
le fourbe chevalier noir, ovations pour l'héroïque chevalier blanc.
Il est une heure du
matin passée. Le bon peuple de Crau voudrait prolonger la fête toute la
nuit mais les bars empilent les chaises, les échoppes rabattent leur
rideau de paille, les bardes laissent s'éteindre leurs dernières notes.
On se boit un dernier verre et on se dit à demain, sinon à l'année
prochaine. Et au loin s'éloigne la silhouette familière d'une femme en robe ample
et corset noir, surmontée d'un généreux chignon de cheveux blonds.
Dom's

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