Débat  


Merde in France

Qu'un chien fasse caca, c'est normal. Mais là où ça ne l'est plus c'est qu'il défèque sur les lieux de passage du citoyen en droit de réclamer un peu de propreté. Ami propriétaire de chien, si tu es un ami des animaux, sois aussi un ami de ta ville.

Marcher sur une crotte de chien est hélas devenu un incident banal, si banal que l'on considère qu'il est tout à fait normal que nos toutous défèquent sur la voie publique en toute liberté. A Salon, comme partout en France (limitons-nous à l'héxagone), étrons et colombins en tous genres "embellissent" nos trottoirs depuis si longtemps qu'on ne se souvient plus à quand remonte la première sentinelle. L'humoriste Popeck a d'ailleurs écrit un sketch sur ce sujet : "ce ne sont plus des trottoirs mais des crottoirs". Les pelouses ne sont pas en reste ! Les petits parterres verdoyants qui entourent les tours du quartier des Canourgues sont compostés en permanence à tel point qu'il faut être un brin scato pour simplement s'asseoir dans l'herbe aux beaux jours d'été.

Bien entendu, les propriétaires des gentils chiens-chiens qui déposent leurs déjections partout n'ont pas une once de culpabilité, jugeant qu'il suffit simplement d'aimer les animaux pour ne voir dans leur caca qu'un peu de matière biodégradable. Oui mais combien s'écoulera-t-il de semaines avant que la gros caca ne devienne poussière ? Et puis on a toujours fait comme ça. Question d'habitude. De mauvaises habitudes faudrait-il préciser. Et si on les changeait ces habitudes ? Simplement par respect pour les autres ? Combien sont-ils ceux et celles qui ramassent la crotte dans un sachet ou une petite pelle pour ensuite la jeter à la poubelle dans son emballage ? Le pourcentage est dérisoire. On ne va pas s'emmerder la vie avec une pelle et un rateau alors qu'il faut déjà sortir le chien, n'est-ce pas ? Et puis c'est dégradant enfin quoi ! Après tout on paie suffisamment d'impôts pour que l'on nettoie derrière moi... Des aberrations semblables on en entend tous les jours à l'heure de l'apéro.

Le problème n'est pas le chien mais le maître. Car le chien fait là où on lui dit de faire. Un chien, errant ou pas, appartient toujours à quelqu'un. Derrière chaque chien se trouve un responsable qui doit rendre compte des dégâts potentiels que cause l'animal, morsure, détérioration diverse ou déjection. Car la défécation sur un lieu de passage ou de repos peut être considérée comme une dégradation de bien public. Non seulement la présence d'excréments indispose et nécessite une évacuation immédiate mais elle représente un risque d'accident (glissade, chute...). A qui imputer ces incidences sinon au seul propriétaire du chien mis en cause ? C'est donc le maître (ou la maîtresse) qu'il convient d'éduquer, lui qui prodiguera par la suite l'attention nécessaire à son chien pour qu'il soit, et reste, propre. Bien entendu, les nuisances causées par un chien sont infiniment moindres au vu des débordements planétaires provoqués par les usines pétrochimiques ou autres rejets industriels qui sont autant de poisons irrémédiables pour l'environnement et la santé. Cependant les cacas de nos toutous demeurent une préoccupation de chaque instant qu'il est nécessaire d'aborder à bras le corps.

La plupart des propriétaires de chiens considèrent leur animal comme faisant partie de la famille. C'est bien ainsi qu'il faut voir le chien. La fidélité que l'animal prodigue aux siens est inébranlable. Il règne alors dans ces foyers un bien-être. Il n'est nul besoin de sermon sur la propreté au sein de ces petites cellules dans lesquelles l'homme et le chien nouent de véritables liens de complicité. Parallèlement, il existe une frange néfaste, adeptes de la philosophie du "c'est pas mon problème", du "après moi le déluge" ou encore du "j'en ai rien à cirer" et autres allégations de l'indifférence et de l'individualisme. Une telle attitude se retrouve dans celui qui ouvre sa portière de voiture pour vider son cendrier par terre ; dans celui qui balance un mégot incendiaire par la fenêtre de sa voiture à 120 à l'heure ; dans celui qui jette son paquet de cigarette vide par terre en marchant dans la rue ... Ce sont bien souvent les mêmes qui reproduisent ce comportement d'un lieu à l'autre. De là à penser que ceux qui font consciencieusement déféquer leur clébard sur les trottoirs sont les mêmes qui laissent leurs déchets dans la nature après le pique nique...

Cette situation dégradée persistera tant que les auteurs de ces méfaits banalisés ne se sentiront pas coupables. Coupables de leur attitude préjudiciable en terme d'hygiène et de propreté, coupables de salir, coupable d'emmerder les autres, au propre comme au figuré. Tout est affaire d'éducation et l'éducation commence sur les bancs de l'école. Mais à cause des réformes de l'enseignement, du nivellement par le bas et de l'abolition de la discipline, on a un peu oublié d'enseigner les valeurs essentielles aux enfants... ils arrivent à l'âge du bac, incapables d'effectuer un calcul mental sans sortir la calculette ou de rédiger un texte sans lamentablement sombrer dans le langage phonétique. Alors la connaissance des règles élémentaires du devoir civique, à commencer par être propre avec son chien, ma bonne dame vous en demandez beaucoup. Et les adultes qu'ils deviennent n'ont aucune notion des convenances puisque jamais leur éducation n'en a fait mention.

Faisons du chien, un citoyen

Pour remédier au problème de ces immondices qui se ramassent à la tonne (6000 tonnes/an à Paris), les municipalités, et celle de Salon (voir article ci-dessous) ont décidé d'agir (il était temps !). D'abord en mettant les propriétaires à l'amende, car ce sont bien eux les responsables. Ces mesures sont déjà en application en Angleterre depuis longtemps, pour le plus grand bien de tous. L'Angleterre a toujours été le berceau du savoir-vivre. Dans les rues des petites villes anglaises, il fait bon flâner sans devoir constamment regarder où l'on pose le pied. Ce qui est encore loin d'être le cas dans nos villes, notamment à Marseille et à Salon de Provence pour ce qui nous concerne.

Certains parlent d'instaurer une taxe sur les chiens, comme cet habitant de Bordeaux (voir encadré) or, cette alternative pénaliserait ceux qui ont de maigres ressources et un chien pour unique compagnon. Nul doute que quelques agents du fisc y ont déjà pensé, la France est LE pays des taxes, alors une de plus... Reste que cette mesure serait très impopulaire, elle n'est donc pas à souhaiter, car, une fois de plus, les bons citoyens paieraient pour les mauvais. Rappelons pour mémoire que cette taxe canine existait il y a longtemps et a été retirée.

Une solution, parmi d'autres, consisterait à devoir obligatoirement déclarer chiens ET chats. Formalité administrative et gratuite : photo, tatouage... Qu'un chien soit retrouvé (errant ou mort) et une enquête s'ensuivrait aussitôt pour retrouver le propriétaire. A tant aimer les chiens, considérons-les directement comme des citoyens à part entière avec tous les avantages mais également tous les inconvénients ! Plus de disparitions suspectes. Plus de vols non plus, car hélas les chiens sont également convoités par des pourvoyeurs peu scrupuleux. Commençons par contrôler sérieusement les naissances (notamment au sein des élevages). Puis mettons en place des campagnes de responsabilisation. On retrouvera enfin des trottoirs avenants, comme ils doivent l'être. D'autant plus que les nouveaux trottoirs qui peu à peu agrémentent les avenues du centre ville ne sauraient plus souffrir de ces déjections malodorantes. Le coup de balais commence par la prise de conscience. Si la propreté est l'affaire de tous, la malpropreté n'est hélas l'affaire que d'une poignée d'indélicats au comportement individualiste dont la remise en cause revêt un caractère urgent.

Toutoumania

La France est le pays qui compte le plus de chiens par habitant. Les journaux pullulent de petites annonces canines, les foires aux chiens attirent régulièrement des milliers de visiteurs et on dépense des fortunes pour faire l'acquisition d'un pedigree. Les élevages abondent pour satisfaire tous les caprices, du greemlins de quelques centimètres aux pitbulls hargneux dont l'hostilité défraye la chronique. On vend du chien comme on vend des téléphones portables. Que le chien soit à ce point adulé semble paradoxal dans un pays ou l'on méprise le loup, son plus légitime ancêtre. Seul le loup, canidé suprême, peut s'honorer d'avoir un réel pedigree, car le chien, si racé soit-il, n'est en définitive que le résultat de croisements génétiques de plusieurs générations antérieures.

Hélas, ce commerce discutable engendre des dérives souvent dramatiques. Chaque année, au moment des vacances, ils sont nombreux, ces gens aux allures respectables à abandonner leur chien, qui mourra de faim, de froid ou pire, sur une table de dissection sous le scalpel d'un sadique en blouse blanche. Est-ce aimer les animaux que de les vouer à une telle cruauté ? Faut-il être le dernier des salauds pour jeter ces paquets d'amour à la poubelle ? Le plus cynique de l'histoire est que bien souvent, celui qui abandonne son chien n'aura aucun scrupule à en acheter un autre et à réitérer son geste dégueulasse. Il y a même des chasseurs qui tuent leur chien parce qu'il n'est plus "rentable".

L'achat d'un chien doit être un acte réfléchi. On ne pense pas toujours aux conséquences à long terme devant le chiot mignon à croquer. On sort le chèquier, on paie et on couvre de calins l'adorable petite bestiole que l'on serre dans ses bras. Et puis les jours passent, les semaines passent, il faut lui donner à bouffer, la vache mais c'est qu'il a bon appétit ! Et il grandit, il prend de la place, il faut le sortir, il nous casse la tête (et celle des voisins) à aboyer sans arrêt et qu'est-ce qu'on va en foutre cet été en Espagne ?  Alors on en a marre de lui, on finit par s'en séparer. Dans le meilleur des cas il se retrouve à la SPA, dans le pire des cas on l'attache à un arbre ou on le jette par la portière de la voiture. Et oui Ducon ! Fallait y penser. En achetant un chien, on en prend minimum pour 12 à 13 ans qui sont autant d'années de subordination. Photo : chien abandonné attaché à un arbre, retrouvé dans un état squelettique. Soumettre un animal à une telle souffrance (autant physique que morale) ne mériterait-il pas quelques "sévères" modifications dans le code pénal ?

Aucun animal n'est capable d'autant d'amour que le chien, un amour gratuit et infini. Qu'on lui donne des coups, même injustifiés, et il pardonne, aussitôt. Le chien, s'il est aimé, saura le rendre au centuple. Son regard est tout empreint de bonté et souvent, pour ceux qui savent le voir, le chien sourit. Il fait la fête, remue la queue, saute de joie, simplement parce que son maître rentre à la maison. Quel héroisme chez le chien de berger, le chien de montagne, le chien de secours, le chien d'aveugle, le chien tout court. Aucun animal sur terre n'est à ce point plus démonstratif dans la reconnaissance qu'il voue éperduement à son maître.

 

Ras la crotte !

Lu sur http://bordeaux.fr.eu.org :

Comme c’est toujours à pied que se visite vraiment une ville, je ne peux m’empêcher de pousser un coup de gueule : ras le bol des merdes de chien sur nos trottoirs ! Non, seulement les propriétaires (car c’est bien eux le problème) de chien nous pourrissent nos semelles et s’en prennent à nos narines, mais en plus je trouve scandaleux que les clebs aient plus de droits que les humains. Essayez de chier dans un caniveau devant un représentat de l’ordre public en lui expliquant que même les chiens ont le droit de le faire... D’ailleurs, dans mon quartier il y a une très jolie place, avec un jet d’eau et des bancs mais le seul espace "réservé" est pour les chiens qui ne savent pas lire et continuent à semer leurs mines dans les allées.
La mairie dépense d’ailleurs pas mal de fric pour essayer de nettoyer ces tonnes de merde. Je trouve qu’il serait normal que ce soit les maîtres de nos "amis" qui paient les moto-crottes et leurs cavaliers. Une TAXE sur les chiens serait on ne peut plus démocratique, mais voilà, ce sont souvent des personnes agées qui possèdent ces tubes digestifs ambulants et c’est pas demain la veille qu’un politicien prendra le risque de perdre des voix. Dommage car à mon avis, le seule façon efficace de leur "apprendre le caniveau" c’est d’avoir à payer la facture de nettoyage...

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La ProvenceJeudi 27 octobre 2005



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Crédits
Léon-La-Terreur © SEFAM 1988 Theo Van Den Boogaard
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