Il était un soir...

Pardonnez l'usage de la première personne (qué prétinssieux !) mais je m'en vais vous raconter la mémorable soirée du mercredi 18 juillet 2007. Cette année encore, le jazz-apéro était à l'honneur dans notre ville, en ces chaudes soirées de juillet.

Comme l'an dernier, trois podiums furent dressés aux endroits stratégiques, là où abondent les terrasses de café. L'un était blotti contre la fontaine moussue, à l'ombre de la majestueuse porte de l'horloge. Je trouvais donc une place très proche de l'estrade et commandais un martini (6 euros, fichtre, on se la joue un brin Caveau de la Huchette ici !). Je pus en toute liberté mémoriser l'instant sur la carte mémoire de mon appareil numérique. J'appréciais l'aisance du pianiste et la quiétude de Philippe Renault, qui, au trombone, nous offrait un jazz pur dans la grande lignée des standards du trompettiste Miles Davis.
Les trois concerts se déroulaient presque à la même heure. Le quartet Philippe Renault avait commencé à 18 h. Je n'en vis qu'une demi-heure car il fallait maintenant que j'attrape un autre train au vol, celui du quartet Daniel Huck, à la place des Centuries. Comme moi, les spectateurs sautaient allègrement d'un noyau musical à un autre, dans le même esprit qu'un soir de fête de la musique, lorsqu'elle descend dans la rue pour le plus grand bonheur de tous. Beaucoup de monde était rassemblé aux terrasses de la place des Centuries. Le grand escalier du château de l'Empéri faisait office de gradins. Entre deux morceaux, le saxophoniste Daniel Huck y allait de sa petite galéjade, décontractant une atmosphère déjà bien décontractée par l'agréable musique et le flot de pastaga. Admirable perspective que de voir la muraille du château en guise de décor à la formation jazz.
L'heure tournait. Il restait encore un groupe à applaudir, et ça se passait à la place Pelletan, devant le Cercle des Arts. Gigstreet clôturait la soirée par son horaire de fin, prévu à 22 h 30. Mais avant de rejoindre les assoiffés de jazz auxquels j'appartiens, je fis un détour par le vendeur de Kebabs, à deux pas de là. Tandis que j'attendais mon sandwich, les blue notes me parvenaient aux oreilles.
Sur place (ou sur LA place plus précisément) je remarquais un détail très singulier. Si les deux précédents orchestres jouissaient d'un matériel conséquent, batteries, sonorisation, table de mixage, le grand jeu quoi, ici rien de tout ça. Sur scène, trois musiciens et une minuscule sono comme on en voit dans le métro parisien, le genre de truc qui tient dans la boîte à gants. Et pourtant ! Pourtant malgré la sobriété du matériel, malgré l'aspect dépouillé de l'estrade, Gigstreet a mis le feu ! Jamais je n'ai vu ni entendu un saxophoniste d'une telle virtuosité. C'était à se mettre à genoux, ce que je fis d'ailleurs à plusieurs reprises lors des prises de vues en contre-plongée. Pas question de m'attabler ni de siroter. D'ailleurs la terrasse proche affichait complet.
Leonard Blair, venu de la Nouvelle Orleans, chantait, jouait du sax, dansait, alternait entre un sax alto et un sax ténor, et tout ça "unplugged", sans la moindre amplification, du live à 100%, c'était magique ! Et le guitariste ! Sur sa gratte électro-acoustique, il passait de la rythmique endiablée au picking façon Dadi ou au jeu swing, le slide au doigt qu'il faisait glisser sur les cordes avec une habileté diabolique. Quant au troisième jazzman, le schtoung-schtoung de sa contrebasse apportait un volume indissociable à l'élégance de cette musique authentique.
Peu à peu les gens affluaient, le soir tombait jusqu'à plonger dans l'obscurité les trois virtuoses. On pouvait déplorer l'absence d'un projecteur bienvenu. Mais qu'importe, la chaude ambiance était intacte. Des couples dansaient spontanément ici, là où on pouvait, autour du podium. On en redemandait. Et Leonard repartait de plus belle emmenant  la foule du bout de son sax jusqu'au bout de la nuit, comme le célèbre joueur de flûte des frères Grimm. Puis la dernière note retentit. On se pressait pour acheter les CD, pour en honorer la pochette des prestigieuses dédicaces. A la faveur d'un échange avec Claude (le guitariste), j'apprendrai que ce groupe exceptionnel réside dans une agréable petite ville de la Drôme.

Dom's

 

Près de la Fontaine Moussue, le quartet Philippe Renault
  

   
   

Au pied du château de l'Empéri, le quartet Daniel Huck
  
  
  
Devant le Cercle des Arts, Gigstreet
   

 

Visitez le superbe site de Gig Street, avec des tas d'extraits de leurs albums !

 


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