Accordéonissi-mots 

Compte-rendu du concert de Serge Lama à l'espace Charles Trenet - Vendredi 22 avril 2005, 21 h

“Ce spectacle est une rencontre, celle de l’instrument le plus singulier, le plus complexe, et le plus populaire, avec une voix, des notes, et des mots. Il est composé de chansons mal aimées que j’aime, mêlé à des chansons que vous aimez, et que j’aime aussi… C’est aussi la rencontre de deux âmes, l’une fait jaillir des papillons rien qu’en titillant les boutons de son accordéon, l’autre tente de leur inventer des fleurs… Et tout cela pour engendrer encore et encore de l’amour.” Serge Lama

Voir Serge Lama sur scène, uniquement accompagné d'un accordéon, c'est plutôt original, assez inattendu, voire audacieux. Car tenir un public pendant 2 heures avec en tout et pour tout un piano à bretelles, ça relève du défi. Il fallait un artiste confirmé pour oser un tel pari. L'accordéoniste n'a cependant rien à voir avec notre Yvette Horner internationale, car l'instrument a tout de l'accordéon magique, extraordinaire, et qui plus est, joué avec maestria par un musicien hors pair. L'homme-orchestre (plus virtuose tu meurs) reproduit instananément tous les instruments, de la basse au piano Bosendhorfer, en passant par un ensemble de cordes et mêmes les choeurs de l'Armée rouge !
"Je suis sidéré par les sons sidéraux de cet instrument" confie le chanteur à son public. Ancien musicien de la grande Barbara, Sergio Tomassi assiste aujoud'hui le Grand Lama dans ses tournées intimistes, dans ces rendez-vous d'un soir presque discrets, loin des tapages médiatiques que connut l'artiste lors de ses apparitions télévisées.

Plus de 30 ans après leur création, les textes sont intacts dans leur dimension dramatique, interprétés quasiment a capella la plupart du temps car Lama aime ces longs instants de silence qui ponctuent l'ensemble du spectacle... l'instrument s'arrête, le temps suspend son vol et l'artiste laisse s'évaporer des rimes comme s'il les tenaient à bout de bras. Et puis la musique revient, doucement, peu à peu elle s'accroche aux paroles en apesanteur, dans une pénombre qui ne dévoile que la silhouette napoléonienne devenue familière. Ainsi va le show, à la fantaisie de l'artiste qui renonce à une interprétation classique calquée sur l'enregistrement studio pour une liberté de mouvements et de paroles que le public, étonné, acclame. Les tubes de toujours s'enchaînent, tantôt frivoles, tantôt mélancoliques. D'aventures en aventures, Je t'aime à la folie, L'Algérie, Chez moi, Superman, Mon dada c'est la danseuse, L'enfant au piano, Je suis malade et tant d'autres succès rendus indémodables par le chanteur de ces dames, par cette voix unique qui honora les plus grandes scènes parisiennes, par le séducteur des seventies, par le grand Serge Lama qui n'a pas perdu une once de son charisme et de ses capacités vocales.

Un mariage et deux enterrements

Serge Lama est plus qu'un chanteur. Il nous prouve ce soir qu'il est aussi un brillant humoriste à la verve fusant de calembours. Ainsi évoquant le mariage du prince Charles qui tombe en même temps que les 2 célébrissimes funérailles, sans les citer directement, il paraphrase l'actualité par un clin d'oeil cinématographique : "c'est un mariage et 2 enterrements". Puis il poursuit par un subjonctif "de bon aloi", comme eût dit Maître Capello, : "j'aimerais que vous fissiez moins fort". Les gens rient, applaudissent. Il ajoute "Je vous parle d'un temps où le subjonctif était impératif, où le futur n'était pas conditionnel, voilà pourquoi vous me trouvez plus que parfait."

Le chanteur communique avec le public, transformant certaines de ses chansons en sketches, à tel point qu'on se demande s'il chante ou s'il donne dans la gaudriole. Mais la dose est juste, le mélange rire-larmes savamment équilibré. Il va même jusqu'à imiter Aznavour et Trenet. On apprécie l'artiste pour ses multiples facettes passant instantanément de la joie à la tristesse, avec des chansons telles que L'enfant au piano ou Je suis malade dont le dernier couplet est chanté non seulement a capella, mais sans micro. Par le passé, je me souviens avoir vu Serge Lama réitérer cet exploit au théatre antique d'Arles, en plein air. Il ne gueule pas, il a simplement du coffre, c'est une performance vocale que peu de chanteurs possèdent.

Retenez bien le nom de ce musicien, Sergio Tomassi. Serge et Sergio, ça ne s'invente pas. Dommage que, comme je l'ai fait pour Laurent Voulzy l'an dernier à la même date au même endroit, je ne peux approcher le chanteur à la fin du spectacle. Alors que l'on empile les chaises et démonte les projecteurs, le chanteur a déjà repris la route vers le Novotel Atria de Nîmes comme il l'a plusieurs fois précisé, avec humour. Toujours.

Dom's

Courts extraits vidéos du spectacle
Excusez la qualité médiocre (prises de vues précaires et très instables)

Femmes femmes femmes,
le final
Je suis malade,
a capella, sans micro.

A voir : [ sergelama.com ]